Depuis aussi loin que je me le rappelle j'ai trouvé les dimanches ennuyants.
Petite, il fallait aller à la messe, rester belle et propre toute la journée, ce qui limitait beaucoup les activités. Plate, je trouvais la journée plate. Les dimanches étaient jours de famille, les amies partaient voir des parents ou recevaient de la "visite". Nous étions 7 enfants, peu de gens voulaient voir débarquer notre smala pour des repas du dimanche. Il y avait bien la visite de ma grand-mère mais ça demeurait un peu ennuyeux. Rien pour me faire dépenser mon trop plein d'énergie en tout cas. Évidemment, j'avais des compagnons de jeu à la maison, ce n'est pas comme si j'avais été enfant unique, mais un je ne sais quoi rendait la journée interminable.
Jeune adolescente le dimanche était jour de rattrapage. Rattraper le sommeil perdu, les devoirs. La fatigue, je ne connaissais pas vraiment. Alors, là encore les dimanches après-midis s'étiraient. J'avais pris l'habitude de partager mes dimanches avec une amie, affligée d'une famille de 6 enfants. Elle soupait à la maison 1 dimanche sur deux et je l'accompagnais chez elle les deux autres dimanches du mois. Bonne façon de me dégager de ce spleen qui persistait. Et puis il y eut tous ces dimanches de la fin de mon adolescence je travaillais au défunt Eaton les jeudis soirs vendredis soirs et samedis tout en terminant mes études. Je n'étais pas la plus studieuse ni donc la première de la classe. Alors il va s'en dire que les travaux ne prenaient qu'un temps limité de ces foutus dimanches. Je tentais bien d'occuper mes après-midis en sortant avec des amis, ces sorties demeuraient ennuyeuses. Qu'aurait-il fallu que je fasse pour perdre cette impression "de faire du temps" pour ne pas me retrouver avec mon mal-être?
Les dimanches dont je me souviens avec le plus de plaisir sont mes dimanches en famille. Jeunes adultes, nous nous retrouvions à la grande table chez mes parents avec nos conjoints et les petits qui s'ajoutaient année après année. Mes parents étaient très accueillants si bien que mes amis et ceux de mon frère aîné venaient passer un bout d'après-midi avec nous. Les enfants s'amusaient avec leurs cousins cousines et tout le monde était content. Bien remplis ces dimanches qui se terminaient chez mes beaux-parents, trop bien remplis.
La mort prématurée de mon père, a mis fin abruptement à mes beaux dimanches.
Peu de souvenirs des dimanches de la femme-mère-de-4-enfants-travailleuse autonome. La vie passait tellement rapidement, j'ai dû profiter moi aussi de ces dimanches pour souffler, me reposer et ne rien faire (hum, hum) avec plaisir. Les petits ont grandi, vinrent les dimanches à la campagne trop courts je l'avoue puisqu'il fallait quitter ce havre et recommencer la course folle. Le mal-aise s'insinuait de nouveau en moi et rongeait mon plaisir.
Arriva un dimanche ou j'ai décidé de mettre fin à ce mariage qui me pesait de plus en plus. Divorcer, abandonner le connu, la maison à la campagne, la maison à la ville qui avait vu naître et grandir non seulement mes enfants mais la femme que j'étais devenue. Trop grand le désarroi, impossible de ne pas tenter quelque chose afin d'y échapper. Mais il ne fut pas le pire. Il y eut ce dimanche ou j'ai décidé de tout quitter et de dire adieu à la vie, le désespoir s'était emparé de moi et me triturait l'âme, je voulais en finir, ne plus jamais devoir envisager une autre journée, une autre semaine, un autre dimanche.
Plusieurs, années, plusieurs hivers et moulte dimanches depuis ce jour. Longue, longue convalescence. Guérison. Le mal-être des dimanches perdure sauf les jours ou mes enfants viennent s'assoir à ma table pour partager le repas du soir. La vie étant ce qu'elle est, ils sont encore nombreux les tristes dimanches.
Ce n'est pas par hasard que j'envoie ces premières lignes un dimanche. Allez, elle ne m'aura plus cette trop longue journée, elle me servira désormais à cet exercice d'écriture trop longtemps mis de côté, manque de temps que voulez-vous!
dimanche 10 février 2008
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